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ACTUALITE - CONTRIBUTIONS - 23 janvier 2021

Abdoul Aziz Kountché, fabricant de drones au Niger« Il n’est pas nécessaire d’aller ailleurs pour réaliser ses rêves »

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Abdoul Aziz Kountché est un jeune nigérien de 37 ans qui a fait la prouesse de fabriquer des drones 100% « Made in Niger ». Son parcours est celui d’un self-made-man qui a cru en son rêve et s’est évertué à le réaliser. Aujourd’hui, à la tête de son entreprise Drone Africa Service, le petit-fils du général Séni Kountché, président du Niger de 1974 à 1987, est un innovateur qui inspire.

evoquant sa passion pour l’écriture, Jean-Loup Dabadie affirmait qu’« entre
l’humilité et l’outrecuidance, il y a de la place pour les rêveurs ». Abdoul Aziz Kountché fait partie de ces rêveurs. Passionné d’aéronautique depuis sa tendre enfance, il a su allier un grain de folie, un zeste d’audace et une bonne dose de persévérance pour faire de son rêve une réalité : celui de
fabriquer des drones depuis son Niger, où il a vu le jour il y a 37 ans.

Lorsqu’il obtient son BAC littéraire, il s’inscrit pour des études de gestion commerciale. Bien avant l’obtention du premier diplôme universitaire, il
s’était inscrit dans un aéroclub grâce à l’argent qu’il gagnait de ses cours à domicile. « En plus, avec l’argent que j’économisais, je me payais des heures de vol afin de pouvoir obtenir ma licence de pilote d’avion ».

Nanti d’une licence en gestion commerciale et d’une licence en pilote d’ULM (ultra léger motorisé), le jeune Kountché s’est dit que même s’il ne devenait pas pilote, il pourrait travailler dans une compagnie aérienne. Au cours des années 2009-2010, il a un déclic. Il abandonne ses études en gestion commerciale pour se consacrer exclusivement à sa passion qu’est l’aéronautique.

Autodidacte, il fabrique son premier drone

Il continue à donner ses cours à domicile. A ses heures perdues, en autodidacte ingénieux, il fabrique le premier drone nigérien à l’âge de 25 ans. Cet exploit suscite un engouement d’autant plus que tout le monde en parle. Entre-temps, il réfléchit à l’utilité de l’appareil.

A l’époque, le Niger venait de faire l’amère expérience du terrorisme et les organismes internationaux avaient des difficultés pour se déplacer dans les zones reculées du pays. Un organisme approche Kountché pour voir si son appareil pouvait aller recueillir des données pour un travail de monitoring. Sur-le-champ, il s’improvise en consultant indépendant.

«  La  première consultation  que  j’ai  eue,  c’était  pour  faire  la  cartographie de plusieurs villages sensibles  aux  inondations  dans  la  ville  de  Gaya  dans les années 2010-2011. Il n’y avait pas d’avion pour faire ce  travail.  Le  monsieur  qui m’avait  approché  avait besoin  de  ces  images  pour mettre en valeur les digues et les retenues d’eau », confiet-il posément.

Pour deux ou trois villages retenus pour le travail, il fait finalement la cartographie d’une dizaine tant les résultats étaient à la hauteur des attentes. Le « bouche à oreille » construit la réputation du drone d’Abdoul Aziz. Ambitieux, il acquiert un appareil photo plus performant, pour améliorer ses prestations.

En 2016, c’est le grand coup. Il décroche un gros bailleur qui n’est autre que le Haut-commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (HCR). «  Je  devais  cartographier tous  les  villages  et  sites  de réfugiés  dans  la  région  de Diffa.  C’était  l’une  de  mes plus  grandes  missions  à l’époque », se rappelle-t-il.

De consultant à chef d’entreprise Sa réputation établie, il fonde en novembre 2016 son entreprise Drone Africa Service avec 32 750 F CFA (50 euros). Abdoul Aziz continue de faire ses prestations de services. Les sollicitations sont de plus en plus importantes. L’innovateur fait le choix d’adjoindre la formation aux prestations pour répondre à la demande de la clientèle.

«  Comme j’avais six ou sept ans d’expérience  au  Niger,  il  fallait s’orienter vers l’optique produit,  c’est-à-dire  créer  le drone adapté au besoin. (…) J’ai  décidé  d’imaginer  le drone en fonction  du  besoin du  client  », explique M. Kountché.

Les clients sont formés à l’utilisation des drones, l’accompagnement et le service après-vente sont assurés par l’entreprise. Aujourd’hui Drone Africa Service est aussi bien spécialisé dans la formation que la fabrication de drones et la prestation de services.

En 2020, l’entrepreneur modèle se lance dans l’aviation légère, l’utilisation d’aéronef pour faire de la photographie aérienne. Un chiffre d’affaires fulgurant Seul au départ, Abdoul Aziz s’est associé les services de deux personnes qui travaillent à plein temps dans son atelier de fabrication de drones.

«  En  plus,  j’ai  un carnet  d’adresses  de  plusieurs  experts  calés  dans leurs  domaines  auxquels  je fais  appel  dans  le  cadre  de contrats », explique-t-il. De 2016 à nos jours, le chiffre d’affaires de Drone Africa Service évolue de manière exponentielle.

Et le DG en parle avec une pointe de satisfaction. De 6,550 millions F CFA (10 000 euros) la première année, il est passé à 49,1 millions F l’année suivante et frôle actuellement 98,25 millions F CFA. Le secret d’une telle prospérité ? «  Nous  avons une  particularité,  nous  ne fabriquons  des  drones  que pour  des  partenaires  étatiques, notamment les ministères  ou  des  ONG. 

Nous fabriquons  les  drones  en fonction  des  demandes  que nous  avons.  En  2019,  nous avons eu huit commandes de drones,  mais  en  2020,  nous avons  atteint  une  vingtaine », détaille le jeune entrepreneur. En plus du Niger, Drone Africa Service a fait des prestations au Bénin dans le cadre de la lutte antibraconnage dans le parc W Arly Pendjari que partagent les trois pays que sont le Niger, le Burkina et le Bénin.

« Nous en avons fait aussi  au  Burkina  dans  la lutte  anti-braconnage  et d’autres  prestations  sont  en cours au Mali », informe M. Kountché. L’entreprise cible des domaines précis dans lesquels elle propose ses services. Ce sont la cartographie aérienne, l’agriculture de précision, l’inspection d’ouvrage, la gestion des risques et des catastrophes, la lutte anti-braconnage, la préservation de l’environnement, la livraison et le largage de médicaments. Elle conçoit des drones de série T dont le T 350.

Chaque drone est décliné en plusieurs souscatégories. Par exemple la série T 400 a la version S pour la surveillance, la version M (Maping) pour la cartographie, la version C (cargo) pour le transport et une version AG pour l’agriculture de précision. Si toute la conception des drones se fait sur place, les matières premières sont commandées auprès de fournisseurs réputés en Allemagne, en France, aux Etats-Unis, en Australie et au Japon.

Accompagnement des premières autorités

Bien que self-made-man, Abdoul Aziz est reconnaissant aux premières autorités de son pays pour l’accompagnement dont il a bénéficié. « Nous avons voyagé avec le chef de l’Etat au Rwanda où nous  avons  pu  montrer  ce que  le  Niger  fait  dans  le cadre  de  la  technologie drone. 

J’ai  eu  la  chance d’aller à un sommet de l’Organisation  de  l’aviation civile internationale  (OACI) à  Montréal  pour  présenter mon drone grâce à l’Agence nationale  de  l’aviation civile », soutient-il. Abdoul Aziz est aujourd’hui fier d’avoir fait tout son cursus dans son pays natal.

«  Il n’est  pas  nécessaire  d’aller ailleurs  pour  réaliser  ses rêves.  Après  mon  Bac,  mon rêve  était  d’aller  faire  mes études  au  Canada.  Mais  je n’ai  pas  pu  le  concrétiser.

Mais aujourd’hui en tant que chef  d’entreprise,  si  je  veux aller  au  Canada,  j’achète mon billet d’avion et j’y vais.

D’ailleurs,  j’y  ai  été  invité. J’ai été à Toulouse, la capitale  européenne  de  l’aéronautique.  J’ai  été  même invité  par  l’agence  spatiale européenne  lors  d’un  sommet.  Ce  sont  des  rêves  que j’ai  pu  réaliser  en  étant  ici au  Niger  », convainc le jeune entrepreneur. Féru de connaissances, il est régulièrement sur les forums pour se former davantage.

«  Au lieu  d’aller  passer  mon temps  sur  Facebook  ou  sur WhatsApp,  je  vais  à  des forums  aux  Etats-Unis,  en Chine,  en  Australie  autour de  la  communauté  drone. J’ai  appris  beaucoup  de choses.  Je  regarde  aussi beaucoup  de  tutoriels  sur Youtube », dit-il dans un sourire où se lit une confiance en l’avenir.

En 2021, Abdoul Aziz Kountché compte ouvrir Drone Academy, une école de formation sur le drone pour partager sa connaissance avec les jeunes Nigériens et ceux d’ailleurs.

Par Karim BADOLO (De retour de Niamey au Niger) (SIDWAYA N°9314)

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