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ACTUALITE - CONTRIBUTIONS - 26 janvier 2021

Hommage à ma sœur Abdoulaye Diori Kadidiatou Ly dite KADJA LY

    « Penser aux morts, c’est assurer la survie des gens qu’on a aimés, en attendant que d’autres le fassent pour vous » – François Mitterrand

Ma sœur, tu es partie sur la pointe des pieds, en fin d’année, le 12 décembre 2020, donc en pleine tempête électorale, tel que tu l’aurais sans doute souhaité. Tu es donc partie, écrasée, tels ces millions de fourmis par ….

« les pieds du temps », (Le Poète Ponge dixit) comme nous le serons inexorablement tous un jour. Non sans avoir résister de longues années à l’usure biologique causée par le temps. Mais tu demeures cependant, l’absente la plus présente de cette période électorale, historique et agitée, que nous vivons intensément puisque cruciale pour notre patrie, nous, les sursitaires, témoins privilégiés des pages de l’Histoire électorale de notre pays, écrites par toi, à ta manière, et à laquelle tu auras finalement consacré l’essentiel de ta vie professionnelle. Nous nous étions retrouvés à…

Soudouré, autour du mausolée familial des Diori, nous tes proches parents, ton « pré carré politiques » ce jeudi pour la cérémonie du 40 ème jour de ta disparition, certains feignant d’ignorer les autres en cette période électorale trouble où les deux camps politiques sont des postures figées. Je dis bien à Soudouré, puisque, c’est aussi le village qui a vu naître et où a été enterré Djibo Bakary, notre autre père politique, le fondateur du parti du dromadaire, le Sawaba, fondé par lui, suite à son départ du parti de l’Eléphant de son cousin Diori Hamani, père de l’indépendance. 

Tout un symbole, puisque tu as le privilège d’y être enterrée du fait de ton engagement politique et familial reconnu par tous. Pour toi qui auras choisi le périlleux métier de juge constitutionnelle dans le pays aux sept (7) constitutions et 9 présidents en l’espace de cinq (5) décennies, les observateurs se douteront bien du fait que le choix de la publication de cet hommage à la veille de la publication d’un arrêt de la Cour Constitutionnelle qui impactera la vie de la nation, ne pourrait être le fruit d’un hasard. Je l’ai voulu ainsi sachant ce que les arrêts représentaient pour toi, dans un pays où le bon juge électoral est celui qui donne raison à un bord politique.

A la lecture de ta page Wikipédia, chacun saura que tu es née le 5 mars 1952 à Niamey, et que tu as choisi comme première vocation, celle austère mais voie très engagée de sage-femme. J’ai cru comprendre en t’observant que, suite au départ pour un exil politique de ton défunt époux, Abdoulaye, (fils du président Diori, père de l’indépendance de notre pays) celui-là même, on s’en rappelle,  que toutes les jeunes filles de ton époque rêvaient d’épouser pour son élégance et la finesse de ses traits hérités d’une des plus belles premières dames que l’Afrique ait connu à ce jour.

Tu avais remporté le trophée pour le malheur de centaines d’autres postulantes. C’était déjà en soi, un signe de ta force et de ta ténacité. Les vicissitudes de la vie politique aidant, tu t’étais plus tard armé de courage pour reprendre des études dès la fin des années 70 pour décrocher ton baccalauréat qui t’a ouvert les chemins de l’Université Abdou Moumouni Dioffo où, quatre ans plus tard, tu décrochas ta maîtrise en droit public en 1985. C’est ta soif de savoir, doublée d’un ardent désir de te hisser à la hauteur des grands diplômés de certains milieux, développant des complexes et le culte du parchemin par lesquels ils n’avaient de respect que pour le bac +, t’ont sans doute poussé à t’inscrire et décrocher, dès 2005, un Doctorat d’Etat en droit public de l’Université Jean Monet de Paris. Paris-Saclay en France avec une thèse portant sur les travaux gouvernementaux et parlementaires au Niger. Tes efforts méritoires, seront récompensés puisque tu siégeras dès l’an 2006 comme conseillère à la Cour constitutionnelle, créée six (6) ans plus tôt, pour en devenir la présidente en 2013. De ton parcours élogieux de la salle d’accouchement à la Cour constitutionnelle, je retiendrais que l’accouchement d’un bébé en salle est aussi pénible et risqué que celui d’un arrêt ou d’un avis en matière constitutionnelle, dans un pays mondialement réputé pour l’intolérance de ses hommes politiques. L’autre point commun des deux accouchements est qu’il faut parfois avoir recours à une césarienne pour sortir le bébé et que la mère ou l’auteur dans le cas de l’arrêt constitutionnel peuvent y laisser leur vie comme c’est arrivé dans certains pays, ou le risquer même dans des pays réputés démocratiques. Je m’en souviens qu’en janvier 2016, tu m’avais dit toute ta fierté d’avoir usé de ton « droit de désobéissance » pour refuser la disqualification d’un célèbre candidat à l’élection présidentielle.

Le mystère de la mort étant insondable, j’ai pu voir défiler tous les enfants et grands militants du parti de l’Eléphant et de son pendant, le Dromadaire, que je n’avais pas vu, des décennies durant.   

Suite à ta disparition, c’est une page de l’histoire politique du RDA, parti de l’Éléphant, qui se tourne, ce parti que tu auras aidé à se maintenir dans un désert politique aride. Puisque nous sommes tous témoin que ton aide à ton défunt époux de par ta formation et ton engagement auront été décisifs pour sa survie. Le faisant, tu avais confirmé ce que nous savons tous à savoir qu’aucun homme n’est devenu grand sans être épaulé dans son ascension par une grande Dame ! L’adage ne propose-t-il pas que « derrière chaque grand homme se cache une grande Dame » ? Tu as reconfirmé la justesse du célèbre adage.

En revoyant tes enfants ce jeudi à la cérémonie du 40ème jour, je m’étais rappelé, afin de mesurer l’étendue de leur souffrance, les mots de Guy de Maupassant qui disait qu’ »On aime sa mère presque sans le savoir, et (qu’) on ne s’aperçoit de toute la profondeur des racines de cet amour qu’au moment de la séparation dernière » … Comme l’a dit Amadou Hampâté Bâ dans son œuvre « L’enfant Peul », « …la mère est considérée comme l’atelier divin où le créateur travaille directement, sans intermédiaire, pour former et mener à maturité une vie nouvelle. C’est pourquoi, en Afrique, la mère est respectée presque à l’égal d’une divinité. » C’est le même sentiment que nous avions tous nourri pour nos mamans disparues.

Dans notre société ancrée dans l’oralité, je suis certain que tu mesures, de là-haut, l’étendue du risque que j’ai accepté de prendre en décidant d’écrire cet hommage sur ta personne, car il a été écrit que « la parole, si vive et intense soit-elle, demeure éphémère,….de l’ordre de l’instant et renferme (en elle-même) les ressorts de sa propre rectification » tandis que l’écrit, lui, est rigide. Malgré tout, pour toi ma sœur Kadja, je prends le risque de le faire, puisque dire ou écrire que ta vie aura été le cours d’un long fleuve tranquille serait travestir la réalité. Tu auras connu, comme toutes les épouses de politiciens, des moments de bonheur et des temps difficiles, voire cauchemardesques. Tu auras été, comme moi, à l’école d’un père instituteur rigoureux de l’époque. C’est-à-dire que dans la cour de l’école, comme dans ta vie de tous les jours, tu te devais de montrer l’exemple. A l’image de ton père éducateur dont les moindres faits et gestes sont épiés par tous. Moussié Ly (Paix à son âme) comme l’aimait à l’appeler affectueusement ma défunte maman, comme tous les éducateurs de sa génération et de sa dimension, ne pouvait tolérer le moindre écart de conduite. C’est pourquoi, son image de sage, est restée gravée dans tous les esprits. Sa pipe et sa 403 Peugeot berline, bleue nuit, acquise presque en même temps que celle de mon père au milieu des années 50, est restée intacte dans la mémoire des anciens qui l’ont connu. De lui, tu as su garder cette culture politique innée, qui consistait à ne pas confondre engagements politiques et relations personnelles et/ou familiales, ce qui faisait ta force. Tu t’étais efforcée à me raconter, chaque fois que de besoin, les joutes verbales de nos deux défunts pères auxquelles tu avais eu le privilège d’assister, qui, tout en appartenant à deux bords politiques antagoniques d’antan, ton père biologique, je tiens à le préciser puisqu’il est également mien, ayant choisi de rester cheminer avec l’Eléphant tandis que le mien avait succombé au charme du dromadaire. Ils avaient, en dépit de leurs options politiques divergentes, leur amitié historique tel qu’il n’en existe plus de nos jours, qui est à juste titre notre fierté, aujourd’hui, à nous autres les sursitaires. Tu avais toujours gardé à l’esprit que tu comptais parmi mes frères un petit pépé (Dr Amadou notre ainé) et un petit papa Souleymane (le benjamin des garçons). C’est pourquoi, de ton vivant, nos relations fraternelles comme politiques, les plus anciennes comme les plus récentes, à partir des années 90, à l’avènement de la démocratisation copier-coller importée et brouillonne et des acteurs spécialisés dans l’art du concassage mesquin des familles comme des partis politiques, étaient passées par toutes les phases imaginables. Mais, telles des roseaux, elles avaient dangereusement plié, mais n’avaient jamais rompu. Le mot parti ne dérive-il pas du mot italien partire (prononcer partiré) qui veut dire séparer ?

En bonne peuhle, tu as porté avec fierté ton « jetooje », ton nom clanique, Ly, réservé aux Toro’b’be, des peuls plus sédentaires que pasteurs, redoutables guerriers selon leur épopée reprises par de nombreux historiens (1),  aux noms claniques les plus répandus : Ly, Sy et Tal, monosyllabiques comme les clans d’origines Jal, Ka, Kan ou Kane, Ba, Soh. Dans les autres pays de notre sous-région où cette tradition de nos parents est plus enracinée, on t’aurait salué en répétant plusieurs fois ton nom, c’est-à-dire Ly, Ly, Ly….

Ma sœur, dois-je rappeler à mes compatriotes, comme nombre d’entre eux l’ignorent, l’amour du lait que j’ai partagé en secret avec toi, cette substance plus indispensable à mes parents maternels que leur propre sang, d’où découle cette complicité qui nous liait, mêmes dans les moments de doute ou d’un choix kafkaïen ? Non, je crois que ce n’est pas nécessaire, beaucoup le savent, mais feignent de l’ignorer. Ceux qui l’ont tenté, l’ont appris à leurs dépens. Puisque la famille, c’est universellement admis, est sacrée pour tous.  

Tu as tiré de tes origines peules, cette faculté innée d’adaptation à ton environnement, qui te permettait d’évoluer dans les milieux les plus divers, c’est également pourquoi, l’affluence observée à ton domicile, depuis ta disparition d’il y a 46 jours, n’est pas fortuite. Je témoignerais pour dire que ta vie durant, tu auras été naturelle et normale au sens d’Amadou Hampâhé Bâ, notre parent, ce dépositaire de notre culture maternelle, qui a professé que « L’être naturel, normal, commencera par s’aimer lui-même. Puis, selon son aptitude, il répandra graduellement cet amour de lui sur sa famille et ses proches d’abord, puis sur ses amis, sur les personnes exerçant le même métier que lui ou épousant les mêmes idées, puis plus largement sur ses concitoyens, sur sa race… et enfin sur la nature toute entière, sans discrimination….Quand un être atteint le degré de l’amour universel, c’est-à-dire lorsqu’il considère tous les êtres comme ses frères, alors les formes contingentes : race, pays, etc…, disparaissent à ses yeux pour faire place à la lumière de l’Unité. »  Comment pouvait-il en être autrement, puisque, comme toutes les femmes célèbres de notre microcosme politique, très jeune, tu t’étais condamnée à partager ta vie avec un homme populaire. C’est ce que tu auras vécu, stoïquement.

Pour tout cet engagement familial et politique que tu as porté, nous te rendons hommage et prions pour que ton âme repose en paix ! Les Timbo, tes parents maternels et les LY, les paternels sont inconsolables pour le vide que tu laisses, dont ils prennent toute la mesure aujourd’hui.

Que leur dire de plus et à tous tes proches parents, amis et connaissances sinon que « la mort », je ne le répèterais jamais assez, avec les merveilleux mots de Stendhal, « puisqu’elle est inévitable, oublions-la ».

Les quatre merveilleux bouts de bois de Dieu que nous lègues et tes arrêts te rendent immortelle.

Repose en paix Kadja Ly !

Avec une pensée pour mon défunt ami et frère Bassirou LY, le plus sympathique de notre groupe de jeunesse.

Djibril Baré, ton petit frère qui te pleure en silence

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