Home ACTUALITE IN MEMORIAM: « La femme est le rayon de la lumière divine…Elle est Créatrice, faudrait-il dire. Ce n’est pas une Créature. » (Djalal al-Din al-Rumi 1207- 1273) Merci Docteure Aissata Kané Moumouni ! Merci !
ACTUALITE - Societe - 3 août 2021

IN MEMORIAM: « La femme est le rayon de la lumière divine…Elle est Créatrice, faudrait-il dire. Ce n’est pas une Créature. » (Djalal al-Din al-Rumi 1207- 1273) Merci Docteure Aissata Kané Moumouni ! Merci !

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40 jours déjà que tu nous as quittés ! Qu’il tourne vite le chrono ! Il semble qu’il en est ainsi quand s’approche l’échéance, le rendez-vous inévitable redouté par tous ! Tu es en effet partie, ce 21 juin 2021, comme tu as vécu, c’est à dire dans la plus parfaite discrétion, celle qui caractérise les scientifiques de ton niveau, peu portés sur les choses de la vie.

Dès lors, que pouvait faire d’autre, le frère cadet du Président BARE (Paix à son âme !), que rendre un hommage plus que mérité, à toi qui lui auras offert, en tant que première femme nigérienne, Ministre d’Etat chargée de l’Education Nationale, la LOSEN ou Loi d’Orientation du Système Educatif National, la plus grande réalisation de son bref passage à la tête de l’Etat ? Cette loi, encore en vigueur aujourd’hui, 23 ans après sa disparition, qui aura fait, de l’avis de tous, sa fierté et celui de sa descendance, cette loi. Qui d’autre pouvait concocter une telle loi, de loin, la plus prospective de l’ère démocratique, dans un laps de temps aussi court et la vendre aux syndicalistes teigneux du Niger, si ce n’est l’une des éducatrices la plus respectée dans notre pays, que tu étais, et l’épouse d’un des plus grands scientifiques respectés d’Afrique, qui plus est, ancien président de la FEANF ?

Ta thèse de Doctorat en mathématiques soutenue, dès 1983 intitulée, « Étude de quelques problèmes pédagogiques et linguistiques concernant l’enseignement des mathématiques au Niger (Université Paris 7), te prédisposait à un tel exercice. L’estime réciproque et le capital de confiance acquis lorsque, onze années plus tôt, en 1987, tu avais été Secrétaire d’Etat à la Santé Publique et aux Affaires Sociales, chargée de la Condition Féminine, tandis que le Président BARE en était le Ministre titulaire, ont fait le reste. Est-ce pour toutes ces raisons qu’au moment prendre sa décision, le 26 novembre 1997, jusqu’à la dernière heure, il tenait à faire de toi, la toute première (et unique) femme premier ministre au Niger (à l’époque de toute l’Afrique de l’Ouest) ? Je m’en souviens, comme si c’était hier, seules, certaines pesanteurs sociales l’en avaient dissuadé.

Du reste, pour toutes ces raisons, avais-je le droit de me taire dans une telle circonstance ?

J’écris donc pour ma grande sœur Aissata Kané Moumouni, ce, sans courir le moindre risque, puisque la considération que je tiens à te manifester, s’inscrit dans la droite ligne de  » l’hommage rendu à une vie tenue pour irréprochable « , selon les mots d’Henri-Frédéric Amiel.

Puisque « l’art d’écrire correctement est inséparable de l’art de parler correctement. « (Quintilien), je me permets de prendre le risque de te rendre cet hommage par l’écriture en espérant rester dans le juste.

J’écris également sans risque d’être démenti, en affirmant que, toute ta vie durant, tu as été guidée par la même célèbre devise que le Professeur Abdou Moumouni Dioffo (Paix à son âme !) qui t’a précédé dans l’au-delà, trois décennies auparavant, à savoir, « Aime (M), Souffre (S), Potasse (KOH ». En effet, dès l’annonce de ta disparition, le mois dernier, je me suis rappelé les mots exacts prononcés lors d’une allocution prononcée à Niamey, le 5 mai 1988 à l’occasion de la présentation officielle du diplôme et de la médaille d’or qui lui avait été décernée par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle : « Quand j’étais en maths spéciales à Paris, il y avait une devise encadrée de façon permanente au tableau  A. S. KOH qui, traduit du jargon qui était le nôtre, signifiait : « Aime (M), Souffre (S), Potasse (KOH), (ce dernier terme désignant la formule de l’hydroxyde de potassium). L’amour est évidemment une composante de la vie d’un homme ; de même, la souffrance et le travail (potasser signifie travailler). » (Salamatou Doudou, in Biographie du Professeur A. M. D.). C’est dire que vous vous êtes aimés, vous avez souffert ensemble, tous les deux, et vous avez potassé tous les deux. Pour vous faire une place au soleil. Pour faire du Niger, votre pays, une place au soleil, par le soleil, la ressource dont il est le plus doté au monde, 12 h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours sur 365.

Le Professeur Abdou Moumouni Dioffo, né un mois de juin 1929 à Tessaoua (Niger), premier agrégé de sciences physiques de l’Afrique francophone, fut l’un des plus grands spécialistes des énergies alternatives reviendra sur ses pas à Tessaoua pour scelleruncontrat à vie avec la mathématicienne Emérite du Niger que tu as été. Quoi de plus normal ? On pouvait pour ainsi dire, sans aucun risque de se tromper, que le Professeur avait trouvé chaussure à ses pieds. Et pour cause, quel homme est devenu grand sans être épaulé dans son ascension, par une grande Dame ! L’adage ne propose-t-il pas que « derrière chaque grand homme se cache une grande Dame » ? Le fameux adage se vérifiera une fois de plus avec votre union. Amoureux du soleil, cette boule constituée d’hélium et d’hydrogène, sans laquelle, toute vie serait impossible sur terre, à laquelle il aura consacré toute sa vie professionnelle et ses recherches, tu étais, à ses côtés, condamnée à adorer le soleil et ses vertus. Si les autorités successives de notre pays l’avaient bien compris, le Niger aurait vécu de son soleil, aurait exporté l’énergie pendant les milliards d’années que durera sa vie d’ici son extinction. Avec ses recherches et son projet de Centrale Solaire à Concentration (CSP), plus que compétitif dans la production d’énergie, notre pays le Niger, le plus ensoleillé du monde, en vertu de la thèse Ricardienne de l’avantage comparatif de la spécialisation qui devait régir le commerce international, aurait depuis longtemps escaladé, au moins deux paliers sur les cinq constituants la Pyramide des besoins de Maslow. Au coût plus que compétitif de l’énergie solaire par concentration en son temps dans la sous-région et des grands pays voisins,  la loi des débouchés de l’Economiste Jean Baptiste Say allait faire le reste. Notre soleil s’exportant, on y vivrait bien au Niger, puisque l’eau, facteur limitant de notre agriculture et de notre élevage, existe en abondance dans notre sous-sol et n’attend depuis fort longtemps que l’énergie pour véritablement assurer notre autosuffisance alimentaire.

Ainsi, en tant que mathématicienne Emérite, tu es pour nous autres une philosophe, une vraie philosophe, ce terme venant du grec ancien philein : « aimer » et de sophia, « sagesse » ou « savoir », et signifie donc littéralement : « l’amour de la sagesse »,… C’est pour cette raison, que sur la porte de l’école de philosophie créée par Platon, l’un des plus éminents philosophes, il avait été inscrit « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » ? Epouser « c’est prendre la forme de », c’est pourquoi, tu avais eu à cœur de  concrétiser votre grand projet éducatif commun, le tien et celui de ta moitié, le Professeur Abdou Moumouni Dioffo, dont tu avais repris le fil conducteur, à savoir, accueillir à l’école toutes et tous, enfants handicapés comme les autres, et faire de la place aux côtés de l’enseignement académique à l’apprentissage et à l’acquisition du savoir par l’expérience, par la pratique.

Je me souviendrais de la toute première fois que j’avais accompagné mon frère et ami, mon professeur de la vie (au sens de Hampâthé Ba, à savoir, ce qui ne s’apprend pas à l’école), Oumarou Ali Beidi, dit Alzouma (Paix à son âme !), pour franchir votre portail, le portail de la maison la plus scientifique du Niger. C’était pour ravir ta nièce Zarra, « pour le meilleur et pour le pire », mais plus pour le meilleur que le pire. Nous nous étions tous les deux préparés, mon ami Alzouma et moi, pour l’occasion, c’est-à-dire au cas où le passage au tableau noir pour des tests de niveau en mathématiques devenait obligatoire, pour détenir le visa d’entrée : équation du 2è degré à deux inconnues, intégrale double, démonstration des séries de Cauchy et ou de Rieman, trigonométrie, programmation linéaire, etc…..Mais fort heureusement, il n’en a rien été….Nos passages au Lycée National, dans des séries scientifiques, puis à l’Université y étaient sans doute pour quelque chose. Nous lui passerons, à ta nièce chérie, la bague au doigt, et seule la mort l’a séparée, il y’a quelques mois de mon frère et ami.

J’ai mesuré la souffrance de tes deux héritières, mes sœurs Amina et Marina, en évoquant les mots de Guy de Maupassant, qui a dit qu’ »On aime sa mère presque sans le savoir, et (qu’) on ne s’aperçoit de toute la profondeur des racines de cet amour qu’au moment de la séparation dernière » ? Et par-delà la souffrance de tes enfants, celle de vos proches à tous les deux, ta moitié et toi, celle de la Nation entière, d’autant plus que, le sage Amadou Hampâté Bâ, dans « l’enfant Peul », l’a dit, « …la mère est considérée comme l’atelier divin où le créateur travaille directement, sans intermédiaire, pour former et mener à maturité une vie nouvelle. C’est pourquoi, en Afrique, la mère est respectée presque à l’égal d’une divinité. » En tant que mère, tu avais, selon les révélations du même Sage, soit deux sens de plus que l’homme qui n’en a que neuf. Une mère, doublée de la première Docteure en maths, fondatrice d’une école, c’est assurément une grosse perte pour le pays. Surtout par ces temps où, depuis près d’une décennie notre pays, le Niger, faute d‘avoir adopté et mis en œuvre ta LOSEN, passe pour le plus grand LOOSER, c’est-à-dire le dernier pays au classement mondial de l’Indice de Développement Humain (IDH) du PNUD. Espérons que ton départ provoquera l’électrochoc salutaire sur les princes qui nous gouvernent pour nous sortir du cauchemar.

Ta vie plus qu’accomplie devrait agir comme un puissant sédatif, pour atténuer l’immense douleur ressentie par ta perte, et celle plus lointaine du plus que regretté Pr Abdou Moumouni Dioffo, qui, fatalement, refait surface, à chaque évocation de la centrale électrique diésel de Gorou Banda, la souffrance ressentie, je suppose par toi-même, de ton vivant, par tous les amoureux de la science que nous sommes, de même par tous les disciples de ton défunt époux, qui a été, restera encore le plus grand scientifique de notre pays, voire, de l’Afrique, ceci, aussi longtemps qu’il n’aura pas un remplaçant à son statut de chercheur Emérite qui fait notre fierté commune. Cette centrale, a été ressentie comme une seconde mort par nous-même, ainsi que ses plus proches disciples, puisque, paraphrasant Winston Churchill, je dirais que « la politique ou la science est plus dangereuse que la guerre… A la guerre, vous ne pouvez être tué qu’une seule fois. En politique, ou dans les sciences, plusieurs fois. » L’inconsolable Docteur Albert Wright, le plus proche disciple et héritier du Pr A.M. DIOFFO, ne me démentira certainement pas !

A tes enfants Amy et Marina, tes frères et sœurs Boukari, Ai dite Oumbou,  Souleymane et Zeinabou,   ta nièce Zarra, ta belle-sœur Malka, ton beau-frère Ibrahim, un ami, ainsi que tous les autres que je n’ai pas pu citer et dont je demande l’indulgence, je présente à nouveau mes très sincères condoléances et leur demande d’être fiers de tes œuvres accomplies sur terre pour le bonheur du peuple Nigérien.

Je partage votre douleur, mais il se trouve que la mort n’a pas de remède. Et « la mort », je ne le répèterais jamais assez, je la perçois, à travers les célèbres mots de Stendhal, « puisqu’elle est inévitable, oublions-la ».

Repose en paix, grande-sœur Aissata Kané Moumouni !

A Niamey le 30 Juillet 2021

Ton petit frère Djibril Baré

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