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ACTUALITE - Politique - 18 janvier 2021

LA POLITIQUE EN PHASE CRITIQUE AU NIGER

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Une fois n’est pas coutume, je veux partager quelques réflexions dans un domaine où je ne suis point spécialiste mais où chaque citoyen peut dire son mot. Il s’agit bien sûr de la politique. Je tiens également à préciser que je ne suis ni analyste, ni même un observateur averti de la vie politique au Niger.

La politique est, depuis quelques mois, le sujet de conversation favori des nigériens qui s’expriment à profusion dans les réseaux sociaux, les médias, les services, les fadas, etc. Peut-on expliquer cela par la célèbre phrase du Discours de la Méthode de Descartes : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » ? Peut-être bien ! Mais c’est très probablement à cause du renouvellement total du mandat des élus locaux, régionaux et nationaux (du Conseiller communal au Président de la République) que la conversation politique monopolise le plus  l’attention  des nigériens en ces moments.

Les dispositions régissant les partis politiques se trouvent dans les textes de loi de 2010 : la Constitution de la VIIème et la Charte des partis. Selon l’article 9 de notre loi fondamentale, les partis politiques se créent librement : « Dans le cadre de la liberté d’association reconnue et garantie par la présente Constitution, les partis politiques, groupements de partis politiques, syndicats, organisations non gouvernementales et autres associations ou groupements d’associations se forment et exercent leurs activités librement, dans le respect des lois et règlements en vigueur.

Les partis et groupements de partis politiques concourent à l’expression des suffrages. Les mêmes prérogatives sont reconnues à tout citoyen nigérien jouissant de ses droits civils et politiques et remplissant les conditions d’éligibilité prévues par la loi.

Les partis politiques à caractère ethnique, régionaliste ou religieux sont interdits. Aucun parti ne saurait être créé dans le but de promouvoir une ethnie, une région ou une religion, sous peine des sanctions prévues par la loi ».

L’article 2 de la charte des partis politiques de 2010 définit les partis politiques  comme « des associations à but non lucratif qui, conformément à la Constitution, regroupent des citoyens nigériens autour d’un projet de société et d’un programme politique, en vue de concourir à l’expression du suffrage universel et de participer à la vie politique par des moyens démocratiques et pacifiques.

Les partis politiques ont l’obligation d’assurer la sensibilisation et la formation de leurs membres et de contribuer à la formation de l’opinion, en vue de la préservation et de la consolidation de l’unité nationale, de la démocratie, de l’état de droit ,de la paix, de la sécurité et du développement économique, social et culturel du Niger ».

La lecture de ces deux articles suffit à comprendre les fonctions principales d’un parti :

  1. Existence d’un but politique ou d’une plate-forme d’idées constituant la base d’un programme politique,
  2. Mobilisation et formation des militants,
  3. Participation aux élections dans la perspective de gestion de la cité.

Le nombre de partis politiques est très élevé au Niger à cause du multipartisme intégral, consacré par notre constitution, de  la facilité de formation ou création d’un parti (voir le Titre II, articles 3 à 16 de la charte des partis) et du manque de contrôle du ministère de tutelle.

Certains partis sont nés à la suite de conflits internes mal résolus mais beaucoup d’autres sont des « partis satellites » ou des « échoppes politiques » ne prenant part à aucun scrutin électoral et se limitant juste de soutenir un autre parti. La transhumance politique est un autre phénomène tout aussi inquiétant, voire nocif pour tout système démocratique, observé à l’échelon mondial et qui prend de l’ampleur au Niger. C’est le fait de quitter son parti pour un autre, au gré de circonstances du moment, sur fond de corruption et de clientélisme. Même des élus quittent les partis où ils ont obtenu le suffrage et continuent d’exercer le mandat au profit du parti d’accueil.  A ce sujet voici une description pleine d’humour du « nomadisme politique » faite par Francis KPATINDE, au plus fort de la transhumance politique au Bénin (In Jeune Afrique, N° 1779 du 9 au 15 février 1995) :

« Ce sont des bergers d’un genre nouveau qui, une boussole à la main, une calculatrice dans la tête, vont de pâturage en pâturage pour ‘’brouter’’. A l’écoute de la météo, les yeux rivés sur les sondages, ils arpentent les sentiers du nomadisme politique, comme ailleurs on emprunte les chemins d’alpage .Le matin, le ‘’nomade’’ politique flirte avec l’opposition, l’après-midi, il se laisse séduire par le pouvoir. Puis, déçu de ne pas avoir été bombardé ministre, il renoue avec ses premières amours, qu’il délaissera à la première occasion pour les allées du pouvoir. Le nomade politique s’installe là où l’herbe pousse. (…) Si quelques ministres refusent obstinément de verser dans le nomadisme, la plupart ont rejoint les rangs du parti présidentiel ».

Notre démocratie est-t-elle en crise ? Une autre situation embarrassante est le fait que pour la première fois on a vu des élites, chef de partis, déposer leurs dossiers de candidature à la cour constitutionnelle, sans être en mesure de payer la caution. Les nigériens sont en droit d’attendre du sérieux et du respect de la part tous les  leaders politiques. Pourquoi déposer un dossier, médiatiser l’événement et ne pas être en mesure de payer la caution ?

Les partis politiques doivent jouer leur rôle d’animation de la vie politique, ce qui inclut la responsabilité participer aux compétitions électorales et d’assurer l’éducation civique des militants.

D’ailleurs, l’apprentissage démocratique est même institutionnalisé à l’école. Le Parlement des Jeunes vise à promouvoir la culture de la paix, de la tolérance, du dialogue, du développement et de la démocratie en inculquant aux collégiens et lycéens le sens des responsabilités.Le but du Gouvernement Scolaire au primaire est également d’éduquer les enfants à la démocratie et de mettre sur pied des projets visant à améliorer la vie de leur école.Les élèves acquièrent ainsi des connaissances et des compétences pratiques.

L’enracinement de la démocratie est un processus laborieux et de longue haleine.

 Les partis politiques doivent être régis par des textes clairs, avoir une discipline interne très ferme et des leaders intègres qui inspirent confiance et soucieux de l’intérêt général et de la ligne du parti. Les partis ne doivent pas être des propriétés personnelles ou familiales de leurs fondateurs. Il faut que les partis politiques sortent des logiques ethniques, régionalistes et du nationalisme étroit ou borné et aient une implantation nationale.

 Selon l’article 44 de la charte des partis politiques, « les partis politiques peuvent contracter librement des alliances, se grouper ou fusionner.

Afin de préserver la transparence du jeu démocratique, les alliances et les groupements doivent être rendus publics sans délai et les instruments consacrant ces alliances ou ces regroupements doivent être déposés au ministère chargé de l’intérieur dans un délai de quinze (15) jours sous peine de nullité. »

Cependant, les coalitions électorales qui vont se mettre en place ne devraient en aucune façon lier les mains du futur président de la république, élu au suffrage universel et dont les prérogatives sont définies par la constitution.  Selon l’article 50  de la Constitution, avant son entrée en fonction, le Président de la République prête serment sur le Livre Saint de sa confession devant la Cour constitutionnelle, en présence des membres de l’Assemblée nationale, en ces termes :

«Devant Dieu et devant le Peuple nigérien souverain, Nous……………………………, Président de la République élu conformément aux lois, jurons solennellement sur le Livre-Saint :

de respecter et faire respecter la Constitution que le Peuple s’est librement donné ;

– de remplir loyalement les hautes fonctions dont nous sommes investi ;

– de ne jamais trahir ou travestir les aspirations du Peuple ;

– de respecter et défendre la forme républicaine de l’Etat ;

– de préserver l’intégrité du territoire et l’unité de la Nation ;

– de respecter et défendre les droits et libertés des citoyens ;

– de ne prendre ni cautionner aucune mesure avilissante pour la dignité humaine;

– de veiller à la neutralité de l’administration et au respect des textes qui consacrent sa dépolitisation ;

– de travailler sans relâche au bonheur du Peuple ;

– de ne ménager aucun effort pour la réalisation de l’unité africaine ;

– de nous conduire partout en fidèle et loyal serviteur du Peuple.

En cas de parjure, que nous subissions les rigueurs de la loi.

Puisse Dieu nous venir en aide». Le serment est reçu par la Cour constitutionnelle.

Un « bon indicateur de l’état de santé de la démocratie en Afrique consiste à observer si les dirigeants quittent effectivement le pouvoir au terme prévu par leur mandat » et sur ce plan et contrairement à beaucoup d’autres pays, même ceux de la sous-région le Niger est sur le bon chemin.

Il est vraiment temps de réduire le nombre de partis par des procédures consensuelles à définir par la classe politique pour éviter de tomber dans des travers dus aux motivations bassement matérielles de certains leaders qui créent des partis qui n’existent que sur « papier ». Par exemple, comme c’est le cas dans certains pays, tout parti politique perd son statut juridique s’il ne présente pas, seul ou en alliance, des candidats à deux élections locales et législatives consécutives, dans au moins quatre régions du pays.

Pour conclure, il important de noter qu’il n’y a pas d’ennemis en politique, mais des adversaires, c’est-à-dire des compatriotes qui ont un point de vue différent sur la marche du pays. Les militants de la majorité comme ceux de l’opposition sont tous fils et filles du même et seul Niger et, il n’y a pas les anges d’un côté et les démons de l’autre. Il faut privilégier les débats d’idées, éviter les attaques personnelles systématiques ou plus grave encore les débats sur les ethnies, qui vivent d’ailleurs en bonne entente, dans un brassage total. La politique nécessite le respect mutuel, la tolérance et le fair-play.

Nous souhaitons que le second tour des élections présidentielles se déroule dans la transparence et un climat apaisé. Pour affermir la démocratie et la bonne gouvernance, le nouveau président doit prendre l’initiative de s’entretenir régulièrement avec le chef de fil de l’opposition et redynamiser le cadre national de dialogue politique.  Aussi, c’est à la majorité présidentielle de faire les efforts nécessaires pour la bonne marche du cadre. Une vraie démocratie ne pourrait se développer sans un dialogue permanent entre les forces constitutives d’une société, un esprit de tolérance et le rejet de la violence. L’ennemi commun de tous les nigériens en ces temps, c’est le terrorisme et l’obscurantisme. Il faut une union sacrée de tous les nigériens pour lutter efficacement contre les forces du mal. Les populations doivent offrir une collaboration totale aux forces de défense et de sécurité et concernant l’Education, dépolitiser l’école, privilégier le mérite et en plus du travail normal des ministères en charge de l’éducation disposer d’un plan présidentiel « spécial » d’appui au secteur, du même ordre de financement que le programme de modernisation des villes.

Par Moustapha Liman Tinguiri, planificateur de l’Education à Zinder

2 Comments

  1. Aboubacar Sidikou GADO
    A mon cher ami et collègue Moustapha Liman Tinguiri,
    J’apprécie à sa juste valeur ta précieuse contribution au débat en cours à travers ton article intitulé : « LA POLITIQUE EN PHASE CRITIQUE AU NIGER »
    Au-delà des travers observables dans le paysage politique du Niger comme le nomadisme des individus (ainsi que le « nomadisme » des partis illustrés par les alliances les plus spectaculaires et les plus hétéroclites), ou encore l’achat de conscience, la campagne avant l’heure et la politisation de l’administration dont aucune formation n’a le monopole, j’aurai aimé voir mis en exergue les acquis démocratiques de notre pays dont :
    – Le caractère hautement pacifique des élections.
    – Le savoir-faire, l’engagement et la crédibilité de la CENI.
    – La forte mobilisation des électeurs, la gente féminine principalement, avec un taux de participation proche de 70% (à l’inverse du Portugal par exemple qui vient d’enregistrer un taux d’abstention de 60%).
    – L’enclenchement du processus d’alternance politique par voie démocratique, qui constitue une avancée sans précédent dans l’histoire politique de notre pays marquée notamment par des coups d’état.
    – L’enracinement du multipartisme intégral qui donne la chance à quiconque le désire de candidater même au poste le plus élevé du pays
    – Le deuxième tour de l’élection présidentielle qui est en soit une manifestation de la vivacité et de l’authenticité de notre démocratie : les partis de la majorité en sont médusés probablement, alors que l’opposition s’en réjouit. Toutes choses qui ont fait baisser la tension politique et ramené la sérénité au sein des militants des partis et des populations.
    – Le déphasage entre certaines élites politiques et le peuple à propos du débat de bas étage sur la nationalité d’un candidat.
    Ce sont là, de mon point de vue, autant d’acquis à mettre à l’actif du Niger et des nigériens.

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