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ACTUALITE - INTERVIEWS - 2 janvier 2022

La retraite: La consécration méritoire du travailleur !

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Traditionnellement associée à l’âge de la vieillesse, la retraite est un stade important de la vie d’un travailleur, qu’il soit dans le privé ou dans une administration de l’EtatElle constitue le début d’une période pendant laquelle le sacrifice consenti durant des années est récompensé. Une période de consécration qui fait honneur et donne un sentiment d’estime et de considération au fonctionnaire. A quelques jours de son départ officiel à la retraite de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile (ANAC)nous avons rencontré M. Moustapha Kadi Oumani, Directeur de Cabinet du Médiateur de la République avec qui nous avons échangé sur sa conduite honorable. Il nous retrace les temps forts de sa carrière dans la Fonction publique, faisant découvrir à nos lecteurs une belle tranche de son histoire personnelle et professionnelle

Bonjour M. le Directeur de Cabinet, qui est M. Moustapha Kadi Oumani ?

Je suis né, le 26 juin 1961, à Illéla dans une famille dont je suis le premier garçon de mon père qui fut Député National pendant 15 ans et Chef de canton d’Illéla pendant 23 ans. En premier lieu, je voudrais vous dire que j’ai fait mes études primaires à Tillabéry et mes études secondaires à Birni N’Konni. Ensuite, j’ai obtenu une bourse d’étude pour l’Ecole Régionale de la Navigation Aérienne à Dakar (ERNA). Après ma formation, j’ai débuté à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, il y a trente-cinq ans. Dans ce milieu, jai appris plus que je ne l’aurais pensé. J’ai eu la chance de travailler dans plusieurs services, d’apprendre sans cesse aux côtés de mes pairs et supérieurs hiérarchiques. J’ai accomplimes missions du mieux que j’ai pu, avec passion et motivation. Ce qui m’a permis d’évoluer rapidement et de gagner en assurance et en responsabilités. C’est l’occasion de témoigner ma reconnaissance à toutes ces personnes de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile (ANAC), pour l’ensemble des services qu’elles m’ont rendus. Car, c’est à Dieu, l’omnipotent, l’omniscient et à eux que je dois d’avoir réussi ma vie sociale et professionnelle. Je leur dois respect et considération, qu’ils soient en vie ou morts. Ma carrière a été forgée ainsi ; je le dis avec un sentiment de satisfaction, c’est pour moi un privilège d’avoir exercé une fonction dans une prestigieuse institution. Je dois aussi reconnaitre que ma carrière a eu d’importantes étapes dans son évolution. A plusieurs reprises, je me suis retrouvé en dehors de l’aviation civile pour servir dans d’autres établissements. Ce fut un plaisir d’avoir travaillé dans certaines institutions de la République. C’est pourquoi, je ne cesserais jamais de remercier ces institutions pour m’avoir apporté autant que je les ai servies au mieux de mes compétences ; je pense àl’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), à la Commission Nationale du Dialogue social (CNDS), aux Activités Aéronautiques Nationales du Niger (AANN), au Projet d’Appui à la Mise en Œuvre des principes et Droits Fondamentaux au Travail (PAMODEC-BIT), à la Direction Générale de l’Aviation civile, à la Commission Nationale des Droits Humains et des Libertés Fondamentales (CNDH/LF), à l’Autorité de Régulation Multisectorielle (ARM), au Conseil Consultatif National (CCN), au Cabinet du Médiateur de la République, à l’Autorité de Régulation et de Sûreté Nucléaire (ARSN), soit au total quatre décrets présidentiels, cinq arrêtés ministériels et quatre décisions des différents Directeurs Généraux. Tout ce cursus professionnel était à l’actif de ceux ou de celles qui m’ont généreusement soutenu et surtout grâce à mes bonnes connaissances de l’administration nigérienne et mon expérience dans divers domaines. Vous ai-je déjà parlé, grâce à la confiance que les partenaires ont placé en moi, je siège dans plusieurs cadres et comités permanents, notamment au sein du Conseil National du Dialogue Politique (CNDP) au titre des Grands Témoins, au Comité de suivi des recommandations des Etats Généraux de la Justice, au Comité National de suivi des recommandations du Forum National sur la charge à l’essieu, au Comité de réflexion sur les accidents de la route, etc. Je dois vous rappeler que j’ai entamé ma carrière comme jeune cadre, fraîchement sorti de l’ERNA. Vous aurez peut-être du mal à l’imaginer, à l’époque, j’étais le plus jeune de ma promotion. Ensuite, j’ai eu la chance de bénéficier des formations à l’École Africaine de la Météorologie et de l’Aviation Civile (EAMAC) et à l’Université d’Abomey-Calavi du Bénin, mais davantage d’ateliers à Paris, Bruxelles, Barcelone, Lisbonne, Marseille, Lyon, Grenoble, Madrid, Istanbul, Turin, Genève, Dakar, Lomé, Cotonou, Banjul, Abidjan, Accra, Abuja, Ouagadougou, Bamako, Marrakech, Fès, Tel-Aviv, Washington, Montréal, Rio de Janeiro, Mexico, Buenos Aires, Saint Jacques de Compostelle, Brasilia, Douala, pour ne citer que ces grandes villes. En outre, je tiens à vous indiquer que j’appartiens à une génération qui, dans sa culture a subi l’influence des écrivains africains. Au cours de ma carrière, j’ai exploré le domaine de l’écriture et je m’y suis versé, malgré ma formation scientifique. J’écris en toute modestie, comme c’est un choix né de ma passion pour les lettres. L’éditeur français, L’harmattan a édité deux de mes livres, le premier « Un Tabou Brisé » composé de 300 pages et le second « Itinéraire d’un combat » riche de 780 pages. Ces ouvrages sont vendus dans plus de 4800 librairies à travers les cinq continents. Aussi, je dois souligner mes actions dans la presse, comme journaliste et éditorialiste et surtout comme Directeur de Publication dans un célèbre hebdomadaire que j’ai fondé personnellement en 2005. Ensuite, j’ai eu la chance de réaliser des activités dans différentes associations, et j’avoue que je vais continuer cet engagement qui est absolument nécessaire pour sortir de la maison et cela me conduira sur le terrain, rencontrer des partenaires, rechercher les bonnes solutions et compléter mes connaissances sur des techniques à mettre en œuvre. Un grand chantier m’attend, une nouvelle page vient de s’ouvrir et, mieux j’essayerai de l’écrire de la plus belle plume.

quelques jours de votre retraite, quel est votre sentiment après des années de travail ?

Ce grand jour, 31 décembre 2021, avant qu’il ne soit là, je l’attendais avec une certaine appréhension certes, mais aussi avec une certaine joie. La joie d’avoir vécu et partagé de bons moments avec mes collègues, la joie d’avoir servi fidèlement mon pays et la joie qui me pousse à penser que devant moi, encore, d’autres projets se dessinent. Sincèrement, mon travail a été une véritable source d’épanouissement personnel. Toujours en évolution, le secteur de l’aviation civile comportait bien des exigences, mais néanmoins, il m’a permis de connaître des instants de vie irremplaçables. Je me suis employé, du mieux possible à acquérir des connaissances, à développer mes pensées, à rechercher le sens de l’existence, à m’intéresser et à me questionner sur les valeurs véhiculées dans la société actuelle. En cela, j’espère avoir contribué, même modestement, par le biais de ma discipline au développement de l’être humain et de la société nigérienne. J’ai aimé ce travail plus que tout, veuillez me croire. Il m’a apporté un sentiment de satisfaction indescriptible que j’aurai le plaisir de remémorer pendant longtemps. Même si ce départ, comme tant d’autres, présage une séparation et donc un moment difficile, je le souhaite à tous les fonctionnaires, parce que, cela suppose au moins deux choses : d’abord qu’on a rempli son engagement vis-à-vis de son employeur, et donc d’avoir travaillé pour le compte du Ministère des Transports, et deuxième atout de ce moment, c’est d’avoir tissé de bonnes relations avec plusieurs personnes et d’en avoir fait des membres de ma famille. Que d’événements heureux et moins heureux avons-nous partagé ensemble ? Cependant, la tâche peut être difficile quand je pense à ces années passées avec mes collègues, nombreuses, mais combien chaleureuses, sereines et passionnantes. Toutefois, je reste confiant que je dois agir avant qu’il ne soit trop tard, car tout bon musulman sent la mort venir ! À tout moment, on peut boucler la boucle, mais aussi nous ne disposons que de quelques jours ou années pour cela. La question qui me taraude l’esprit est la suivante : qu’est-ce qu’il y a dans la vie que j’aimerais accomplir avant de ne plus le pouvoir ? Cependant, un des souvenirs qui ont marqué fortement mon parcours, fut cette affectation à l’aéroport d’Agadez comme Chef d’escale de la compagnie charter, Africa Tours qui n’a duré que quelques mois. Je m’en souviens encore, comme si c’était hier. J’achève mon parcours professionnel au moment où l’ANAC se réforme assez profondément. Je m’autorise à formuler un vœu dans cette évolution qui s’engage : je souhaite vivement que cette institution garde l’essentiel de ce qui l’a façonnée au fil de ces dernières décennies. Je suis convaincu qu’elle pourra le faire si elle sait reconnaître et préserver les qualités et les aptitudes des femmes et des hommes qui la font fonctionner. En second lieu, je veux témoigner de ma gratitude envers tous les Ministres côtoyés au fil des ans. Par devoir de mémoire, je pense à certains collègues aujourd’hui décédés, notamment Messieurs Ibrahim Charouboutou, Ousmane Aboubacar et Moctar Mahamane avec qui j’ai eu à maintes occasions le plaisir d’échanger et de travailler.

Que peut-on entendre par retraite et pourquoi constitue-t-elle une consécration pour un travailleur ?

Dans le dictionnaire français, le mot retraite est lié au repos età la solitude. Dès lors, on parle du retrait de la vie active, voire d’abandon. C’est une étape importante dans la vie de tout travailleur. Une forme d’expédition dans laquelle l’on doit se reposer en douceur. Pour beaucoup de personnes, la retraite est un moment de promenade, pour les gens qui ont travaillé dur physiquement tous les jours, ils sont parfois usés, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Cependant, la retraite reste méritoire dans tous les sens du terme, méritoire partout, soulignant sa consécration en lettres d’or. De même, quand nous parlons de retraite, il est important de préciser dans quel sens la retraite est une consécration ! Mais soyons bien clairs sur les mots. Dans cet esprit, l’obtention d’un sentiment de liberté et l’accomplissement de ses rêves représentent un nouveau départ pour le travailleur. Libéré de toutes ses responsabilités liées au travail et à la famille, le retraité trouveplus de liberté après avoir pris ses droits. Au Niger, l’âge légal de départ à la retraite, sauf cas spécifiques de retraite anticipée, est de 60 ans, pour les fonctionnaires et les agents régis par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).C’est un système qui permet de ne plus travailler avec le statut de fonctionnaire. En conséquence, chaque trimestre, le retraité reçoit une pension en attendant sa mensualisation. Son montant est calculé en fonction de son rang et du nombre d’années exercées dans les différents services. Il est intéressant de remarquer que la période de vie d’un travailleur après s’être retiré après un certain âge dans la vie active, luipermet de jouir de ses efforts au travail. On dira en revanche que chaque société a ses propres textes, fixant les conditions dans lesquelles on prend sa retraite, et les sommes qui seront versées. Dans notre pays, ces dernières années, il y a eu une forte augmentation des pensions. Désormais associée aux temps libres, à la réalisation de rêves et à la liberté individuelle, la retraite a pris une dimension matérielle et honorifique. Il est sous-entendu dans nos mentalités que les retraités trouvent assez de temps pour réaliser leur vie dont ils ont toujours rêvé, notamment en participant aux activités variées. On sera d’accord pour dire que la retraite apprend à l’homme le sens de la vie, la maîtrise de soi, la patience dans la réalisation d’un objectif, le sens de la discipline. Elle renforce le sérieux et la maturité. Elle offre également une certaine liberté dans la paix et la certitude de voir ses besoins actuels et futurs pris en charge. En ce sens, la retraite constitueune consécration pour un travailleur lorsqu’elle est bien réussie.

Quelles sont les dispositions à prendre pour aller à une retraite méritée ?

Pour en savoir plus la loi n°2007-26 du 23 juillet 2007, portant Statut Général de la Fonction publique de l’Etat repousse l’âge de la retraite à 60 ans au lieu de 55 ans ou 30 ans de service, etconsacre la prime de départ à la retraite et à la création en 2012 de la Caisse Autonome des Retraites du Niger (CARENI). Un progrès notable a été enregistré depuis l’arrivée du nouveau Directeur Général, M. Mahamadou Yahaya, notamment en informatisant les services et en renforcement l’effectif. Néanmoins, plusieurs difficultés sont en suspens à l’occasion du départ à la retraite des fonctionnaires, à savoir :- la constitution des documents de retraite des fonctionnaires due à une mauvaise tenue des dossiers individuels des travailleurs au niveau des archives du Ministre de la Fonction publique qui sont souvent vides, sans aucune pièce ;- la centralisation des services de traitement des pensions : le Ministère de la Fonction publique ne dispose pas de service déconcentré au niveau des régions. En mai 2014, un décret a été pris créant lesdits services, mais ils ne sont pas tous opérationnels. Dans cet ordre, les dossiersde retraite sont acheminés à Niamey. Ce qui entraine un embarras pour le fonctionnaire ;- L’inexistence d’un décret d’application de la loi n°2007-26 du 23 juillet 2007 portant Statut Général de la Fonction publique de l’Etat, notamment pour déterminer lemontant de la prime de départ à la retraite de certains corps.

A l’évidence, quand le moment de la retraite arrive, l’on doitse consacrer à d’autres choses. Dans cette opportunité acquise dans notre longévité voulue par Allah qui nous a fait voir ce jour, c’est un devoir de s’occuper d’avantage de sa famille. Mais sachez quand même, que cette nouvelle vie doit se préparer le plus tôt possible afin de bien la vivre. Pour ma part, je m’efforcerai bien sûr à entretenir toutes mes amitiés qui se sont si chèrement créées au fil des années. J’envisage ma vie de retraité débutant comme un nouveau monde que j’aurai à explorer et à organiser selon ma convenance guidée par le choix du Tout Puissant, Allah. On dit que les retraités sont toujours très occupés : je crois que je ne dérogerai pas à la règle ! Je ne ferai pas de choix précis, car il y a beaucoup d’activités que je pourrai faire. Il est donc nécessaire de réfléchir suffisamment aux activités qui prendront le relais, et même de commencer à les mettre en place de manière à éviter un passage à vide. A priori certains me diront que cet âge ne serait bon qu’à se retirer au village et s’occuper de ses petits-enfants. A juste titre, j’ai depuis longtemps planifié ma nouvelle vie qui sera jalonnée d’écritures, de voyages, de contacts incessants avec la terre nourricière. Je m’occuperai bien d’autres choses, alors le restant de ma vie sera celle du paisible citoyen, écrivain, cultivateur, jardinier, éleveur et sportif. Je mettrai toute l’expérience de ma vie professionnelle au service de ces plaisirs que je continuerai à savourer autant que mes forces le permettront. Tant que la santé reste au rendez-vous, je vais continuer à conseiller, former et sensibiliser les jeunes pour jouir d’une retraite bien méritée. 

Pourquoi certains travailleurs estiment que la retraite peut signifier le début d’un calvaire ?

Malheureusement le fonctionnariat est bien malmené dans la plupart des pays. A l’évidence, ce n’est pas étonnant que des attitudes individuelles en réaction à cette question soient contradictoires ! Il faut tout de même admettre que certains retraités sont inquiets pour leur avenir, ou ont tendance à avoir peur du casse-tête qui les attend. En fait, suivant le rôle que l’on a tenu dans la vie active, le départ en retraite est quand même un changement radical. Par exemple, en ce qui me concerne, dans ma vie professionnelle, j’ai des équipes à manager, et du jour au lendemain, plus rien de tout ça. Aussi, de nombreux contacts au quotidien qui ne sont plus objet de rencontres, des partenaires que l’on ne côtoie plus, bref un environnement qui change du tout au tout. Aujourd’hui, beaucoup de retraités n’ont rien à faire, aucune activité, ni sportive ni culturelle, alors, pour eux, la retraite est peut-être un calvaire, mais uniquement dans ces cas précis. En outre, il y a des retraités qui se retrouvent à la maison avec leursconjoints et leurs enfants sans but précis et vivent parfois des situations conflictuelles. C’est pourquoi, il faut essayer d’avoir le maximum d’activités associatives, militantismes, et si des retraités ont des opportunités de poursuivre des activités politiques, je les encourage à aller dans ce sens. Il faut pouvoir s’en sortir par soi-même. Chaque retraité doit se débarrasser de quelque gêne soit-elle et se dire que c’est une étape inévitable tant qu’on vit et qu’on travaille dans une administration publique ou privée. Fort, heureusement cette posture est en train de disparaitre. Ceux qui estiment que la retraite est un calvaire, n’ont malheureusement ou probablement rien réalisé de bon durant leur période active. Je sais que ce n’est pas le cas pour la majorité des Nigériens. Normalement, la retraite doit correspondre aux cotisations que l’on a versées. La retraite n’est donc pas faite pour arrêter ou diminuer son niveau de vie, mais pour changer le rythme, s’amuser et réaliser avec sa famille, ses amis toutes choses que nous n’avions pas eu le temps de réaliser avant. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les choses sont de plus en plus claires dans la conscience des travailleurs, le reste dépend de la personne, avec l’aide de Dieu. Le temps est arrivé pourrompre avec certains comportements d’une autre époque. Et, c’est tout le sens de mon combat, de faire comprendre aux nouveaux retraités, la nécessité de se retirer du marché du travail pour permettre aux jeunes diplômés de travailler.Certains retraités me diront que c’est normal qu’ils s’inquiètent, car à cette étape, le débutant se retrouve tout autant au terme de sa carrière, qu’au seuil d’une période nouvelle de sa vie. Une période pendant laquelle, le retraité enregistre énormément de changements dans son quotidienjuste pour subvenir aux besoins de sa famille. Je leur dirai, il ne faut pas qu’ils paniquent. C’est pour cette raison que la Caisse Autonome des Retraites du Niger (CARENI) est appelée à sensibiliser les travailleurs à planifier adéquatement leurs retraites pour occuper leurs premières années de retraite qui sont les plus difficiles. Aujourd’hui, c’est vrai que nombreux sont des salariés qui hésitent à quitter leur emploi pour jouir de leurs droits à la retraite. Pour d’autres, l’idée de quitter le milieu de travail à un certain âge, lorsqu’on est encore productif ne les réjouit pas. Ils préfèrent continuer à travailler pour des raisons personnelles ou encore salariales. Ils pensent que l’avenir des futurs retraités paraît incertain etsemblent vouloir vaciller entre le choix et la nécessité. En ce sens, le départ à la retraite peut être appréhendé comme le début d’un calvaire où l’individu vit un tournant décisif dans son existence. C’est pour toutes ces raisons que le retraité doit nécessairement avoir des contacts extérieurs, pour ne pas rester chez soi en vue de s’épanouir librement. Le Gouvernement a la lourde tâche de continuer à valoriser la retraite, cette fonction des plus nobles ; quoi de beau que d’œuvrer au service de son pays et de sa communauté nationale ? 

A vous attendre monsieur le Directeur, l’on a l’impression que la retraite doit être un mérit? Quels conseils avez-vous à donner aux futurs retraités ?  

La retraite, il faut l’envisager avec beaucoup d’optimisme, de satisfaction et de bonheur pour le futur proche. Ellecorrespond justement à un repos bien mérité. Au Niger, elle est souvent redoutée à cause de notre faible revenu. En réalité, pour ceux qui ont le sentiment de se prévaloir dans le travail, de posséder un emploi, de définir des tâches, d’avoir une rétribution, la retraite est un signe de la fin d’une identité professionnelle, c’est à dire la solitude, le vide total ! L’idée qu’il va falloir se mettre en tête, c’est de réaliser des activités qu’on n’avait pas le temps de développer quand on travaillait : associations, voyages, activités culturelles, sportives, artistiques et de consacrer du temps à sa famille, ses petits-enfants ou ses parents en situation de dépendance. Les Nigériens ont peur de la retraite, parce qu’ils s’épanouissent dans le travail, même si c’est très dur. Mais ce n’est pas grave, rapidement on s’y habitue si on crée des activités de substitution. En effet, l’on doit encourager les retraités à ne pas rester à la maison à ne rien faire, si non, c’est la télévision, la mosquée, la Fada, ce qu’il faut éviter. Bien sûr, tout l’environnement des amis est à privilégier. Il importe donc de faire le bilan de notre vie, de redéfinir sa mission le plus tôt possible, en se questionnant sur ses propres valeurs et sa place dans la société. Par exemple, en se posant deux petites questions : qu’est-ce qui me fait vivre ? Comment puis-je me rendre utile pendant la retraite ? Je sais simplement qu’on ne peut pas se retirer du monde du travail et passer le reste de ses jours à s’amuser ou en restant assis à la maison. L’être humain ne peut s’infantiliser ainsi. Il a besoin de se sentir utile et en conséquence doit continuer à se développer. Le travail à temps partiel, le travail autonome, le bénévolat, le transfert de connaissances, la famille, il existe autant de façons de redonner un sens à sa vie pendant la retraite. Il suffit d’être actif et innovant. Toute modestie gardée, par rapport aux futurs retraités, si je ne me trompe, un débutant n’a pas grand-chose à leur apprendre. Moi-même, je prendrai des conseils auprès de mes devanciers. Néanmoins, tant par la richesse de ma carrière que par mon engagement personnel, je présume qu’il faut nécessairement :- Rembourser ses dettes avant la date butoir de la retraite ;- Prendre une décision ferme pour vivre en fonction de ses moyens ;- Travailler pour le plaisir afin de se permettre provisoirement d’arrondir les fins de mois juste pour sesentir utile ;- Éviter de vendre ses biens pour s’acheter une maison, un champ, un jardin ou une voiture. Et après ?- Éviter de tout miser sur les enfants. Que ferez-vous s’ils n’ont pas du travail ou sont absents ?- Prendre soin de sa santé en s’éloignant de l’alcool et des filles de joie ;- Éviter de rester en permanence à la maison, car votre femme et vos enfants commenceront à trouver votre présence gênante ;- S’engager socialement dans des actions bénévoles en vue de trouver un endroit pour se rendre utile.

Après avoir passé plusieurs années à servir son pays, un retraité devrait être une source de fierté pour ses collègues et ceux qui le côtoient. Il ne faut surtout pas voir la retraite comme la fin, mais le début de quelque chose de beau. C’est le temps de s’occuper de soi-même, de ses proches, ce que l’on a souvent négligé durant notre période de service. C’est exactement le moment idéal pour investir plus de temps à ses projets personnels. En tout cas, pour moi, c’est le retour à la terre et à la nature, sans attentes, sans pression. C’est dire, personnellement, j’ai un réel plaisir à partager et construire des projets de développement. En attendant, je n’ai pris que peu d’engagements fermes. J’aspire à prendre le temps. A être plus disponible pour ma famille, et notamment pour accompagner mes deux épouses Rakia Salao et Fatimata Marafa et leurs enfants à trouver la voie qui leur convient. Je souhaite aussi avoir plus de temps pour partir à la découverte de mes amis que j’ai perdu de vue, concrétiser quelques voyages dans les villages de mes parents, répondre en particulier aux invitations où je n’ai jamais mis les pieds. Pour le moment, mes collègues peuvent continuer à compter sur moi. Ma porte restera encore grandement ouverte, ne doutant point de leur disponibilité constante à mon égard. J’avoue sincèrement que je suis heureux de céder ma place à une génération pleine d’énergie qui prend la relève et à qui d’ailleurs je souhaite bonne continuité. Présentement, je garde des réserves pour un livre que je pourrais rédiger et que j’appellerais «chroniques d’un agent de l’ANAC! ». Beaucoup de mes collègues, croyez-moi y auraient leur place, surtout lorsque j’évoquerai mes luttes sociales et les combats menés à l’ASECNA pour mettre en place des modèles nous permettant d’avancer dans nos pays. Je rassure l’opinion que je ne quitterai pas pour autant la scène publique dans la mesure où j’entends mettre mon expérience à profit dans bien de secteurs, notamment dans l’organisation de mon Festival culturel de Sharo (FECCOS). De manière plus générale, ce dont je suis certain, quand la carrière professionnelle des anciens arrive à son terme, les jeunes doivent définir de nouvelles destinations, de nouveaux caps, avec des équipages dévoués, mais aussi et surtout créer des milliers de passagers pour nos aéroports afin d’asseoir une économie solide et durable. Cependant, j’ai un pansement au cœur, en dépit des apparences certains jeunes d’aujourd’hui sont obsédés par la richesse. Le matérialisme a pris tellement de place. Dès la première année de travail, ils veulent devenir riches le plus vite possible ! Or, en lieu et place, ils doivent davantage se soumettre aux normes et innover en permanence pour mieux anticiper, en vue de répondre aux besoins de nos concitoyens. Je tiens à adresser mes remerciements les plus chaleureux au Directeur Général de l’ANAC, M. Ahmed Ayaha et à tout son personnel pour la considération et l’affection qu’ils avaient toujours manifesté à mon égard. Aussi, je ne cesserai de remercier mes camarades syndicalistes et les acteurs de la société civile, mais également saluer tous ces efforts entrepris ensemble durant toutes ces années écoulées, dans la poursuite d’un but commun : celui du développement de notre pays. A toutes et à tous, du fond du cœur, je souhaite le meilleur pour les années à venir. Je pars l’âme en paix, car je sais que la relève est assurée et que notre Agence est sur le chemin de la croissance. Dans cet esprit, je dis à tous au revoir, parce que « les cœurs les plus proches ne sont pas ceux qui se touchent ». Un tel jour, je le souhaite à chacun d’entre vous.Le guide spirituel de l’Inde, Mohandas Karamchand Gandhi, pionner de la résistance disait : « La vie est un mystère qu’il faut vivre et non un problème à résoudre ». « La différence entre le possible et l’impossible se trouve dans la détermination ». Excellentes fêtes de fin d’années !

Interview réalisée par Amani Mounkaïla

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